| Sans-abri en Europe | |||
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| Vendredi, 29 Décembre 2006 | |
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Point de vue paru dans l'édition du 29.12.06 du Monde
Les grandes métropoles font toutes face à la progression du nombre des sans-domicile-fixe. Elles ont tenté d'imaginer de nouvelles réponses. La France gagnerait à les regarder de près. Si les tentes parisiennes sont le thermomètre d'une maladie qui s'appelle l'exclusion sociale, on peut dire que la fièvre est installée et que la maladie est chronique, puisqu'il en a déjà été question pendant l'été, l'hiver 2006, l'hiver d'avant... Cet état de fait est le symptôme d'un échec collectif, celui d'une société qui "s'arrange" avec l'exclusion des plus fragiles, non pas en termes de morale - on voit bien que les citoyens français sont nombreux à le "vivre mal" -, mais en raison d'un système économique qui produit des sans-abri comme il produit des richesses. C'est une réalité structurelle de nos sociétés contemporaines. Et cela est vrai partout sur notre continent. L'Europe dans son ensemble produit de l'exclusion. Dans toutes les grandes villes, on observe depuis plusieurs années une augmentation du nombre de sans-abri, y compris dans les pays du Nord comme le Danemark et la Finlande ; dans ceux du Sud, Lisbonne a vu ainsi apparaître des campements dans les jardins publics. Partout, de nouvelles mesures ont été adoptées : la création de la Rough Sleepers Unit (unité de prise en charge des sans-abri) en Angleterre ou le lancement de la "stratégie d'intégration à Dublin" en 2000, la création de services d'urgences à Copenhague en 2003, le plan 2005-2010 de Barcelone, la création du SAMU social à Madrid en 2004, etc. L'Angleterre a mis en oeuvre une stratégie contre le "sans-abrisme" à partir de 1999. Elle s'appuie sur une législation coercitive criminalisant le fait de dormir dans un espace public, mais développe aussi l'accompagnement social : prise en compte des problèmes de santé, d'emploi, d'accès aux droits, etc. Des équipes pluridisciplinaires tournent dans la rue et évaluent les besoins individuels des sans-abri, elles leur proposent l'accès au dispositif le mieux adapté. Objectifs chiffrés, moyens humains et financiers, évaluations régulières : l'ensemble a permis de faire diminuer le nombre de sans-abri à Londres, même s'il semble que l'on ait désormais atteint un palier. En Allemagne, les équipes mobiles qui sillonnent les rues sont en mesure d'intervenir sur un terrain médical et psychiatrique. Au Danemark, les sans-abri sont de plus en plus visibles, mais cela relève autant d'une réalité objective que du choix politique de ne pas "nettoyer" les rues de Copenhague. Il s'agit aussi d'"aller" vers les personnes sans-abri, de commencer un travail d'insertion là où elles vivent, de les laisser au sein de leur groupe plutôt que de les inciter à se rendre dans les centres d'hébergement. On le voit, les exemples européens invitent à la modestie et nous montrent qu'il est illusoire de croire qu'il existe une solution miracle permettant d'aboutir à un résultat de "zéro SDF". En revanche, ils nous apprennent qu'on peut diminuer significativement le nombre des sans-abri en définissant des objectifs et une stratégie à moyen terme, lorsque sont combinés volonté politique, organisation et mise en réseau des acteurs, objectifs chiffrés et inscrits dans le temps, outils d'évaluation et financements adéquats. C'est le cas de l'Angleterre, de la Finlande, de l'Ecosse ou encore de l'Irlande. En France, cette stratégie concertée manque cruellement, même si des moyens non négligeables sont consacrés à l'urgence. S'il existe dans notre pays un consensus sur les réponses humanitaires de mise à l'abri, le même consensus n'existe pas sur le travail d'insertion, dont l'efficacité ne peut évidemment s'évaluer qu'à long terme. En outre, faute de connaissance fine des publics concernés, les réponses sont plus quantitatives que qualitatives. On annonce de nouvelles places chaque fois qu'une nouvelle catastrophe sociale est médiatisée, sans tenir compte de la diversité des besoins : jeunes, travailleurs pauvres, femmes victimes de violence, familles avec enfants, malades souffrant de pathologies graves, notamment psychiatriques, étrangers fuyant la misère ou les conflits armés... Ainsi, à Paris, si l'offre de places d'urgence est globalement quantitativement suffisante, elle n'est pas adaptée aux personnes concernées, qui, pour la plupart, ont besoin de temps et, surtout, d'un accompagnement individualisé pour trouver ou retrouver une place dans la ville, pour se réinsérer dans la société. Pour sortir de cette situation, il faut d'abord mieux connaître les besoins des personnes concernées, au-delà de la connaissance intuitive de chaque association. Il faut ensuite établir un constat, le faire partager par tous (associations, collectivités territoriales, Etat, personnes sans abri) et déterminer une stratégie sur plusieurs années. Cette étape a jusqu'à présent manqué, les quelques tables rondes organisées par les pouvoirs publics étant restées sans lendemain. Il faut enfin définir les moyens mobilisables : il ne s'agit pas seulement de nombre de places, mais de personnels qualifiés et disponibles dans la durée, c'est-à-dire plus des hommes que des murs. De ce point de vue, les équipes pluridisciplinaires anglaises, qui peuvent accompagner pendant deux ans les personnes quittant la rue quel que soit leur lieu de vie, ou l'intelligence des équipes danoises, qui assurent l'accompagnement des personnes là où elles se trouvent et non pas là où l'on voudrait qu'elles soient, doivent nous inspirer. Mais nous devons nous mettre d'accord sur une stratégie, une méthode et des moyens. Dans cette perspective, à l'image de ce qui se fait dans le secteur médical, le moment est venu de préparer une rencontre de consensus qui associerait des experts français et européens. La Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (Fnars), qui regroupe l'essentiel des associations gérant des centres d'hébergement, est prête à prendre sa part dans une telle initiative. Nicole Maestracci, présidente de la Fnars et Michel Mercadie, secrétaire général de la Fnars et de la Feantsa. Fnars : Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale. |



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