| Ne sous-estimons pas la politique sociale | |||
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| Vendredi, 28 Octobre 2011 | |
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Dans Le Monde daté du 28 octobre 2011, la page "Débats" titre "La pauvreté, cause politique abandonnée" et pose la question : "En dépit des objectifs de Bruxelles visant à diminuer la misère d'ici dix ans, le programme européen d'aide alimentaire aux plus démunis est menacé. La défense des plus pauvres n'intéresse-t-elle plus ?". Pour y répondre, Nicole Maestracci et Julien Damon publient chacun une tribune. La tribune de la présidente de la FNARS. Ne sous-estimons pas la politique sociale L'incapacité des pays européens à se mettre d'accord pour maintenir le Programme européen d'aide alimentaire aux plus démunis (PEAD) est incompréhensible, incohérente et choquante. Incompréhensible d'abord parce que aucun argument sérieux ne peut justifier la quasi-suppression d'un programme d'une importance aussi dérisoire d'un point de vue budgétaire (environ 0, 5 ‰ du budget communautaire) alors qu'il est vital pour les plus démunis, dont personne ne conteste qu'ils sont aussi les plus touchés par la crise. Incohérente ensuite parce que cette décision est en contradiction avec les attentes de l'ensemble de la population européenne. Selon l'eurobaromètre, la grande majorité des Européens (73 %) considèrent que la pauvreté est un problème très répandu et 89 % estiment que les pouvoirs publics doivent prendre des mesures d'urgence. Choquante enfin car elle est le signe de la distance abyssale qui existe entre les engagements formalisés à Lisbonne en 2000, selon lesquels l'UE devait " donner un élan décisif à l'élimination de la pauvreté ", et la réalité, qui oblige à constater que, si élan il y a eu, il n'a été ni décisif ni même visible. Les nombreuses opérations de communication autour de l'Année européenne de lutte contre la pauvreté qui vient de s'achever n'y ont rien changé : la lutte contre la pauvreté, qui devait être, selon les termes de la stratégie de Lisbonne, " un des éléments centraux de la modernisation du modèle social européen ", est restée au stade des mots et des bonnes intentions. En renvoyant, comme elle vient de le faire, aux Etats membres la responsabilité des politiques de lutte contre la pauvreté, l'UE vient de démontrer qu'elle n'a pas compris que l'insertion des personnes en situation de précarité constituait un enjeu politique, social et économique majeur, pour aujourd'hui et surtout pour demain. Cette orientation est d'autant plus dangereuse que, en ces temps de crise financière, la tentation est grande pour chaque pays de faire des mesures à destination des plus pauvres, qui protestent sans doute moins bruyamment que d'autres, une variable d'ajustement budgétaire. 250 000 personnes à la rue En France, au-delà de la communication gouvernementale qui a inventé un indicateur sur mesure pour faire mentir les chiffres (" l'indicateur de pauvreté ancré dans le temps "), tous les voyants sont au rouge : la pauvreté mesurée par l'Insee est en hausse (13,5 % de la population en 2009), le nombre de bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) est au plus haut (plus de 1,8 million de foyers bénéficiaires en juin), tout comme le nombre de demandeurs d'emploi inscrits depuis plus d'un an à Pôle emploi (38 % des demandeurs d'emploi en mai), ou encore le surendettement des ménages. Selon l'Insee, fin 2010, on comptait près de 250 000 personnes à la rue, à l'hôtel ou hébergées. Face à de tels chiffres, il n'est pas raisonnable de renvoyer les personnes concernées à leur responsabilité individuelle ou de brandir l'assistanat comme l'un des principaux fléaux de la société. Les pauvres n'ont pas choisi d'être pauvres. Toutes les études concordent pour démontrer que les inégalités sociales se creusent dès les premières années d'école. Dans ces conditions, une politique sociale ambitieuse n'est pas une dépense supplémentaire mais un investissement nécessaire qui bénéficie à la société tout entière et pas seulement aux plus pauvres. Pour sortir de cette situation, il faut d'abord le décider, et en faire un enjeu politique d'avenir. Les études sur l'attitude des Français face à la crise, qui craignent majoritairement la pauvreté, tant pour eux-mêmes que pour leurs enfants, démontre que si cette question n'est pas essentielle pour les responsables politiques elle l'est pour leurs électeurs, qui savent bien que les frontières entre la fragilité, la précarité, la pauvreté et l'exclusion sont ténues. Pour mener à bien une politique sociale ambitieuse, il faudra d'abord tirer des conséquences, enfin, des nombreux rapports publics et de recherche concordants publiés ces dernières années, cesser d'accumuler des dispositifs tellement compliqués et restrictifs que les personnes pour lesquelles elles ont été conçues n'y recourent pas, penser l'accompagnement socioprofessionnel des demandeurs d'emploi en tenant compte de la réalité, c'est-à-dire de la discontinuité des parcours, faire en sorte surtout que les nombreux droits annoncés, et notamment le droit au logement, ne restent pas virtuels. Ce qui veut dire, et ce sera le plus difficile, réduire la distance entre les annonces politiques et la vie quotidienne réelle des gens. C'est à la portée de notre société à la condition qu'elle ne se contente pas de souligner l'effort qu'elle fournit pour lutter contre la pauvreté mais qu'elle dise aussi le bénéfice qu'elle en retire. Nicole Maestracci
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