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Pas touche aux contrats aidés !
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Mardi, 18 Septembre 2007

Une tribune de Nicole Maestracci et Eric Pliez publiée par le journal Le Monde le 13 septembre 2007.


Ils appartiennent aussi à "la France qui se lève tôt". Ce sont les salariés en insertion de Jardins de Cocagne qui, dès 7 heures du matin, font du maraîchage, récoltent les légumes, préparent les paniers et vont les livrer chez les commerçants des centres urbains. Ce sont les employés des Ménages services qui assurent l'entretien des bureaux avant l'arrivée du personnel des entreprises. Ou encore les anciens campeurs du canal Saint-Martin à Paris qui ont rejoint l'association Emmaüs défi pour se remettre à travailler, et qui se lèvent à 6 heures pour aller descendre armoires, pianos et buffets chez les particuliers.

Par ce passage dans les ateliers et les chantiers d'insertion, les plus exclus reviennent vers l'emploi, apprennent ou réapprennent les règles du monde du travail, s'engagent pour certains dans la voie de la formation qualifiante et retrouvent une dignité qu'ils avaient perdue ou n'avaient jamais eue. Ils ont ce qu'on appelle un "contrat aidé", contrat d'avenir ou contrat d'accompagnement vers l'emploi, financé partiellement par la collectivité. Ils gagnent environ 700 euros pour une durée de travail de 24 heures hebdomadaires. Le reste du temps est consacré à la recherche de logement et à l'accompagnement social. En 2005, 240 000 personnes ont bénéficié de telles mesures de retour à l'emploi, dans les structures d'insertion, mais aussi à l'éducation nationale et à l'hôpital.

Aucune d'elles n'a choisi d'être assistée. Le plus souvent, ce sont des jeunes qui ont raté leur démarrage dans la vie, des personnes de plus de 50 ans professionnellement disqualifiées et qui ne trouvent plus leur place sur le marché du travail, des mères qui élèvent seules leurs enfants, d'anciens détenus qui veulent commencer une nouvelle vie. Le passage par les structures d'insertion leur donne une chance, la première pour beaucoup d'entre eux, qui ont traversé des enfances et des vies douloureuses.

Cette chance, le gouvernement a décidé de la remettre en question. Alors qu'on claironne partout les vertus de la valeur "travail", à l'université du Medef comme ailleurs, l'accès au travail va devenir plus difficile pour ces personnes. En effet, le gouvernement de François Fillon prévoit de réduire de 25 % le nombre de ces contrats aidés, passant de 310 000 aujourd'hui à 230 000 en 2008. Un sur quatre ! Une personne sur quatre qui n'accédera plus à ce parcours d'insertion.

Ce n'est pas la première fois qu'on joue au yo-yo avec les contrats aidés. En son temps, confiant dans sa politique économique, le gouvernement de M. Raffarin avait réduit les contrats aidés et avait supprimé les emplois-jeunes. Face à la stagnation des chiffres du chômage, certains élus de la majorité parlementaire ont reconnu que cette décision avait été un peu hâtive et ils ont été relancés sous une autre forme. Ce fut le Plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo. On inverse à nouveau la tendance. Christine Lagarde, ministre de l'économie, des finances et de l'emploi, l'avait laissé entendre en juillet, déclarant que "les contrats aidés dans le secteur non marchand ne sont pas la panacée, surtout si la croissance permet de créer plus d'emplois dans le secteur marchand".

On renoue ainsi avec la vieille idée, toujours démentie depuis cinquante ans par les faits, qu'il suffirait d'un retour à la croissance pour éradiquer la pauvreté. Penser que les plus exclus retourneront naturellement vers les emplois à pourvoir dans le secteur marchand est illusoire. Ces personnes doivent d'abord reprendre confiance en elles, reconstruire les liens sociaux, apprendre des savoir-faire et surtout des savoir-être. Seules des structures adaptées et spécialisées peuvent les y aider. Le retour à l'emploi par un parcours d'insertion est un tremplin vers bien d'autres choses : le logement, la santé, l'exercice de leurs droits et devoirs de parents, etc. Il faut avoir visité une fois un atelier d'insertion pour comprendre que ces personnes ne sont pas prêtes à passer de la rue à l'entreprise, aussi "éthique" soit-elle. On nous rétorquera que cela est inefficace et que ça coûte cher à la collectivité.

Le coût moyen annuel d'un RMiste est de 5 300 euros et celui d'une personne qui travaille en insertion de 7 000 euros. Mais ce dernier produit de la richesse qui est réinjectée dans l'économie locale, paie des charges qui alimentent les caisses de l'Etat et, surtout, il se reconstruit. Plusieurs études ont montré le bénéfice économique et social qu'on pouvait tirer de ces structures d'insertion, bien au-delà du retour à l'emploi. Il nous paraît contradictoire et incohérent de vouloir une "remise au travail" des allocataires de minima sociaux en généralisant le revenu de solidarité active (RSA) et de supprimer les contrats aidés, qui sont l'outil de la remise au travail par excellence pour les plus fragiles.

Il nous semble que ces deux modes d'intervention sont complémentaires, car le RSA ne s'applique qu'aux personnes qui reprennent un emploi et qui ont plus de 25 ans. Les plus fragiles et les plus jeunes n'y parviendront pas sans un passage par l'activité d'insertion. En supprimant les contrats aidés, on prend le risque de laisser ces derniers en dehors de la société du travail, c'est-à-dire dans une situation d'assistance, en totale contradiction avec les objectifs affichés. C'est dans le cadre de l'économie solidaire que ceux-là trouvent leur place, et les contrats aidés sont un moyen que la société doit financer pour affirmer sa solidarité, mais aussi pour maintenir la cohésion sociale, c'est-à-dire éviter l'ensemble des conséquences néfastes de l'inactivité : la désespérance, la violence sociale et l'insécurité qui en résulte. Le retour de la croissance, s'il était avéré, ne résoudrait pas ces questions.

Nous le savons pour l'avoir expérimenté à de nombreuses reprises. Alors, ne faisons pas mine de l'avoir oublié pour faire des économies à court terme qui auront un coût inestimable à long terme.

Nicole Maestracci, Présidente de la FNARS et Eric Pliez, Directeur d'Aurore

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