| Jeunes majeurs et déjà exclus | |||
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| Jeudi, 29 Mars 2007 | |
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Bilan de la journée thématique nationale du 22 mars 2007.
La journée "Jeunes majeurs et déjà exclus. Quelle mobilisation du travail social pour de nouvelles réponses ?" a rassemblé près de 130 personnes de 19 régions et 36 départements différents. Organisée par le groupe de travail national Jeunes, elle a mobilisé de nombreux travailleurs sociaux ainsi que des chefs de service et des directeurs d’établissement ou d’association notamment. Cette journée s’est avérée riche par son approche multidisciplinaire (sociologique, historique, politique et de terrain) et par ses participants venant d’horizon divers. La journée a été ouverte et close par Pierre Berton qui a notamment repris les constats faits dans le Livre des Etats généraux de la Fnars. Pierre-Jean Andrieu, actuellement président du conseil technique de la prévention spécialisée et professeur associé à l’université Paris VII, a quant à lui, accompagné la Fnars tout au long de cette journée pour proposer une synthèse, à la fin de cette rencontre, reprenant les grands axes dégagés. Le matin, l’intervention d’Isabelle Frechon, sociologue et chargée de recherche au groupe d’analyse du social et de la sociabilité du CNRS a apporté un éclairage sur la situation des jeunes filles majeures en difficulté. Puis, la projection du film "Jeunes en Lorraine quel avenir ?" réalisé par la Fnars Lorraine a permis de donner lieu à une table ronde. L’aspect historique de la prise en compte des jeunes au XXème siècle par la société et par les politiques publiques a été introduit par Ludivine Bantigny, maître de conférence a l’université de Rouen. Cette intervention a nourri les propos de Gérard Mauger, sociologue et directeur de recherche au CNRS qui a fait part de ses constats concernant les jeunes en difficulté. Enfin, le témoignage de Marc-Olivier Padis, co-rapporteur du rapport Charvet sur le devoir d’avenir (2001) et rédacteur en chef de la revue Esprit, a ouvert sur un débat plus politique sur la pris en compte du problème des jeunes par les politiques publiques. L’après-midi ensuite donné lieu à des échanges entre professionnels lors de trois ateliers : Afin de nourrir cette journée de réponses concrètes, les participants étaient alors invités à dégager des propositions à partir des constats qu’ils faisaient. Sur le constat commun que les jeunes en difficulté sont de plus en plus nombreux à connaître l’errance et la marginalité, il a été important de rappeler que ces situations sont souvent liées à des phénomènes de rupture que ce soit avec la famille ou à l’issue d’un placement dans les services de l’Aide sociale à l’enfance. Ainsi, le nombre des jeunes accueillis dans les structures du réseau de la Fnars est en très forte augmentation ces dernières années. Dans leur parcours respectif, ces jeunes ont généralement connu des ruptures successives qui font suite à ce que Gérard Mauger a appelé des disqualifications. Il s’agit ici d’une dévalorisation de la personne que ce soit au niveau scolaire, familiale ou économique par exemple. Ce qui conduit ensuite la personne à perdre confiance en soi et à être en manque de reconnaissance sociale. Ce constat schématique s’est avéré partagé par de nombreux jeunes en errance. Concrètement, les problèmes que peut rencontrer ce public sont nombreux : problème de logement, de ressources, d’emploi, de formation et de santé, etc. A quoi s’ajoutent les discriminations auxquelles certains jeunes doivent également faire face, soit parce qu’ils sont jeunes (aides financières des banques) soit en raison de leur origine. Et de la même façon, cette discrimination s’exerce tant pour l’emploi que pour le logement par exemple. Les formes d’intervention des politiques publiques quant à ce phénomène se sont avérées très variées et trop éclatées. Il est regrettable de constater l’absence d’une politique publique globale envers les jeunes laissant la place à des aménagements palliatifs souvent incohérents entre eux. Comme l’a souligné Pierre-Jean Andrieu, il est évidemment plus facile de mettre en place des dispositifs spécifiques que de s’engager dans un travail de recherche, de cohérence et d’articulation au sein d’un environnement complexe. Lors de cette journée, il a été affirmé de façon unanime que l’on ne pouvait pas envisager de partir d’une entité "Jeunes" ou de la "Jeunesse" pour pouvoir réfléchir à des solutions adéquates. En effet, les jeunes majeurs sont dans une période de construction et de transition entre l’enfance-dépendance et l’âge adulte-autonomie. A ceci, s’ajoute le problème des limites d’âge qui ne peuvent être justifiées car ces délimitations d’âge génèrent également des ruptures. En effet, que faire de quelqu’un pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance qui occupe alors la place de mineur protégé et risque de se retrouver du jour au lendemain dans la situation du jeune majeur, dont on attend qu’il ait un projet et qu’il devienne rapidement autonome ? Cette "dictature" du projet a également été très largement critiquée car elle ne prend pas en compte les réalités de ces jeunes en situations d’exclusion. Les professionnels insistent sur le fait qu’avant de pouvoir définir un projet, il faut d’abord apprendre à certains jeunes à se projeter. Or ceci demande du temps car l’accès à l’autonomie est un processus long, qui exige du travail social, qu’il intègre des étapes s’inscrivant dans la durée. Dans le film "Jeunes en Lorraine quel avenir ?", l’un des jeunes interrogé explique qu’au long de son parcours, il a le sentiment qu’on a choisi pour lui. Cette place du choix de la personne dans ses orientations est ici primordiale. Dans cette logique, les dispositifs devraient être amenés à s’adapter aux situations des jeunes et non l’inverse. Afin de permettre à ces jeunes d’avoir leur place dans la société, ce travail d’accompagnement social doit se faire à travers des partenariats et des mises en réseaux des différents acteurs confrontés à ce problèmes des jeunes dans l’exclusion. A ce titre, il a été rappelé que les missions locales ont joué ce rôle de participer à la mise en réseau, mais à ce jour, elles ne sont pas toutes dotées des moyens suffisants aux exigences auxquelles elles doivent répondre. L’intérêt de ces missions locales est qu’elles sont tout à fait identifiées par les jeunes. De même, a été évoquée l’idée de développer et pérenniser les CHRS qui s’adresse spécifiquement à un public de jeunes, avec des personnes formées pour cet accompagnement. Se pose alors la question des jeunes en grande situation d’errance qui n’ont pas confiance dans les institutions et dans "le système". L’enjeu est alors (re)créer du lien avec eux, ce que s’attachent à faire les équipes de rue par exemple. Mais là encore, ce travail exige du temps. Le groupe d’appui national Jeunes, récemment constitué, commencera à travailler au mois de mai à partir des constats et des propositions qui ont émergé au cours de cette journée. Lise Fender |


