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Sécurité des femmes dans l'espace public
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Jeudi, 22 Octobre 2009

Qui n'a pas entendu dire qu'il était « dangereux » pour une femme de sortir seule le soir ?

Si tout le monde semble s'accorder sur une telle réalité, les moyens à mettre en œuvre pour éviter ce genre de « dangers », n'en sont pas moins considérés par les politiques comme relevant d'une simple question de « bon sens ». Or, la question des violences faites aux femmes est encore trop rarement prise en compte dans les Contrats locaux de sécurité (CLS).

Lors d'une conférence-débat sur cette question, Marylène Lieber (1), docteure en sociologie qui a travaillé sur « L'insécurité dans les espaces publics : comprendre les peurs féminines », a brisé de nombreux préjugés sur notre appréhension de ce phénomène.

En se basant sur de nombreux travaux, notamment sur une enquête de victimisation de 2007 de l'Observatoire national de la délinquance (OND), elle explique que les femmes sont plus souvent victimes de violences dans l'espace privé et les hommes dans l'espace public (2) alors que le sentiment d'insécurité est plus fort chez celles-ci dans le cadre de déplacements (notamment nocturnes) dans l'espace public.

On constate que les violences envers les femmes dans l'espace public ont lieu :
- autant voir plus de jour que de nuit ;
- souvent dans des espaces fréquentés.

Ceci fait tomber le préjugé de « l'agression type de nuit dans des lieux peu fréquentés ».

L'idée véhiculée que l'espace public est plus sûr pour les hommes que les femmes, présente ainsi le domicile conjugal comme un havre de paix, ce qui est loin d'être le cas au vu des chiffres sur les violences conjugales (enquête ENVEFF [3] de 2000 : 1 femme sur 10 vivant en couple a été victime de violences de la part de son conjoint/concubin dans les 12 mois précédant l'enquête).

Marylène Lieber met également en avant plusieurs éléments de compréhension de ce phénomène.

Tout d'abord, on constate que les restrictions spatiales sont différentes pour les filles et les garçons à l'adolescence. Ainsi les restrictions spatiales sont relâchées pour les garçons à cette période alors qu'elles se resserrent pour les filles. Les recommandations spécifiques faites aux filles impliquent une intériorisation de l'espace public comme dangereux.

Une analyse des expériences que font les femmes dans l'espace public (par exemple : rentrer chez soi seule tard le soir) révèle que leurs peurs et leurs stratégies d'évitement (distance de sécurité, veille permanente sur ce qui se passe devant et derrière, regard dans le vide ou par terre quand elles croisent des inconnus, etc.) sont le résultat d'un long apprentissage de régulation de leurs mouvements dans les espaces publics en lien avec les violences faites aux femmes.

En effet, ce ne sont pas exclusivement les agressions corporelles directes qui nourrissent ce long apprentissage de régulation de leurs mouvements mais aussi les pratiques courantes d'interpellation, d'atteintes routinières (harcèlement ordinaire) qui laissent une marque durable sur l'appréhension des espaces publics et qui leurs rappellent qu'elles ne sont pas « tout à fait à leur place » : ces comportements masculins sont en quelque sorte des rappels à l'ordre sexué.

Ainsi les peurs féminines ont un effet contraignant sur la mobilité des femmes. Le sentiment d'insécurité n'est donc pas lié à une vulnérabilité des femmes par "essence" mais bien à une construction sociale d'identités sexuées.

Une telle perspective permet toutefois de mieux comprendre le lien qui peut paraître parfois paradoxal entre violences faites aux femmes et peurs.

De fait, si la "sécurité" fait depuis quelques années l'objet de nombreux débats, elle n'est que rarement envisagée dans sa dimension sexuée.

C'est à travers ces constats que les villes de Montreuil(4),  l'Ile-saint-Denis, Dreux et Drancy ont souhaité mettre en place des « Marches exploratoires pour la sécurité des femmes dans l'espace public » qui consistent à donner aux citoyennes un outil pour analyse la sécurité de la ville en fonction de leur point de vue et de parcourir un secteur de la ville identifié au préalable comme insécurisant. Ce concept qui vient du Canada vise également à développer chez les participantes un sentiment d'appropriation et de contrôle de leur environnement. Cette démarche citoyenne engagée dans une optique d'amélioration de la sécurité locale et de la qualité de vie augmente également la présence des femmes dans la vie publique.


1 Lieber Marylène (2008). Genre, violences et espaces publics : la vulnérabilité des femmes en question. Paris, Presses de Sciences po.

2 Hors agressions sexuelles où la majorité des victimes sont des femmes.

3 Enquête nationale sur les Violences envers les femmes en France (ENVEFF), 2000, INED, publiée en 2003.

4 A Montreuil la conférence a été organisée par la cabinet Maturescence.


Nathalie Nebout  
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