Accueil > Positions > Analyses > Réforme de l'hébergement. Doit-on y croire ?
Réforme de l'hébergement. Doit-on y croire ?
Analyses
Jeudi, 26 Novembre 2009

par Nicole Maestracci, présidente de la FNARS

Benoist Apparu, secrétaire d'Etat chargé du logement et de l'urbanisme, vient d'annoncer une réforme de l'hébergement et du logement. Nous y avons travaillé. Une partie de nos propositions ont été reprises et nous voulons y croire.

 Mais, d'une part, nous savons que, pour réussir, une telle réforme doit pouvoir s'appuyer sur l'ensemble des ministères et sur un consensus des élus locaux. D'autre part, certaines réponses apportées ne sont pas les bonnes : on ne répond pas à une demande de professionnalisation et de renforcement des compétences de l'accueil des sans abri par la mobilisation de 2.000 jeunes volontaires, ...


Ce que nous voulons, rappelons-le, part d'un diagnostic aujourd'hui partagé. Il s'agit de construire une politique publique assez ambitieuse pour en finir avec la rue et le mal logement. Une politique qui repose sur les axes suivants :

- évaluer les besoins réels sur chaque territoire en tenant compte de ce que disent et veulent les personnes concernées. Il ne sert à rien de créer des places d'hébergement où les sans abri ne veulent pas  aller ;

- proposer un logement, chaque fois que c'est possible, ce qui implique un effort de construction de logements dont les loyers soient compatibles avec les revenus très modestes ;

- assurer un accueil inconditionnel à ceux qui le demandent mais aussi aller au devant des personnes à la rue et leur proposer des solutions sans attendre qu'elles formulent une demande. Les personnes qui vont le plus mal ne demandent plus rien ;

- offrir à tous un  « chez soi » , non pas un lit de camp dans un dortoir, mais un lieu privé, avec une clé, pour se poser,  le temps qu'il faut, et trouver en face de soi un travailleur social qui accompagne, qui identifie les problèmes et propose des solutions durables ;

- mobiliser, pour assurer un accompagnement social global aux personnes en grande difficulté, toutes les compétences nécessaires : médicales, sociales, professionnelles, juridiques. Il faut inverser la logique d'aujourd'hui qui veut que pour les personnes les plus en difficulté, on développe les plus faibles moyens et les dispositifs les plus compliqués ;

- assurer la continuité de la prise en charge en désignant un référent coordinateur, évitant aux personnes en grande difficulté sociale de toujours devoir raconter son histoire, encore et encore, pour justifier son appel aux  services sociaux ; 

- admettre le droit au recommencement : le parcours d'insertion est souvent chaotique, fait de rupture, de retours en arrière et de renoncement.


Tout cela suppose de fixer une ambition et des objectifs réalistes de résultats dont les représentants de l'Etat sur chaque territoire devront être clairement garants, comme ils le sont dans d'autres domaines plus largement médiatisés comme la délinquance ou l'immigration clandestine.


Il ne s'agit pas pour nous de demander des moyens supplémentaires, même si nous savons qu'une telle réforme ne se fera pas sans effort financier, au moins dans les premières années. Ce que nous demandons, c'est une ambition politique et celle-ci ne peut reposer sur un seul ministre. Elle suppose l'engagement de tout le gouvernement et des élus locaux. Car c'est de l'avenir qu'il s'agit, et un pays qui laisse une partie de sa population vivre dans des conditions humiliantes et indignes est un pays qui n'a pas d'avenir.