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Observer pour agir
Analyses
Lundi, 15 Septembre 2008

Par Hervé de Ruggiero, directeur général de la FNARS

 
Depuis plusieurs années, nous avons pris conscience de l'absolue nécessité de savoir mieux décrire et identifier les publics que nous accueillons, comme de pouvoir mieux rendre compte de notre activité et de ce qu'elle apporte à celles et ceux que nous accompagnons. Il s'agit de mieux connaître les personnes, de mieux diagnostiquer les évolutions sociétales et de prendre le recul nécessaire par rapport à nos observations au jour le jour. Il s'agit aussi d'identifier nos points faibles et nos points forts afin de faire évoluer nos pratiques, de savoir dépasser la seule revendication de moyens - « davantage de financements et tout ira mieux ! » - et de permettre ainsi à la fédération de renforcer sa crédibilité et le poids de ses propositions auprès des pouvoirs publics. Car, pour les décideurs politiques comme pour l'opinion publique, la compréhension de l'évolution des formes d'exclusion et de l'importance de nos actions ne vont pas de soi. Il nous faut les démontrer.

Or, lors de nos Etats généraux en 2006, puis lors de la conférence de consensus sur les personnes sans abri l'année dernière, nous avons pu constater combien nous manquions encore de connaissances sur notre propre secteur : sur les parcours des personnes, sur nos compétences, sur les activités des structures, sur les besoins de chaque territoire, etc.

L'enjeu est de taille. Il s'agit de construire un outil de connaissance partagé de l'ensemble des activités du secteur de l'accueil, de l'hébergement et de l'insertion. Pour cela, plusieurs partenaires (INSEE, DGAS, DREES, ONPES, IGAS, le cabinet d'Alain Régnier et la FNARS) travaillent à la conception d'un système unique d'information. Ce dispositif permettra d'éviter la multiplicité des enquêtes, qui représentent souvent une contrainte pour les structures sollicitées, et il rendra possible une réelle analyse comparative de l'activité des structures.

On échappera ainsi à la situation actuelle qui fait qu'on ne peut rien savoir, par exemple, sur les jeunes. Car "jeune", selon qu'il s'agit des chiffres de l'INSEE, de ceux de la MIPES, de la DRASSIF ou encore de la FNARS (!), cela ne veut pas dire la même chose. Ici ce sont les 18-24 ans, là il s'agit des 16-25... Enfin, ce ne sera pas seulement un système de collecte des données statistiques, mais un réel outil de travail pour les travailleurs sociaux et les responsables de structures.

Ce travail d'harmonisation de l'observation est indispensable. Il nécessite que, d'une part,  les associations ne construisent pas isolément leurs propres systèmes d'information et que, d'autre part, l'Etat mette un terme aux initiatives dispersées qu'il conduit et recentre ses travaux d'analyse sur un organisme unique, doté des moyens nécessaires.

Cela suppose, enfin et avant tout, que l'ensemble des acteurs du secteur social travaillent en partenariat, avec comme objectif ultime "d'observer pour agir".