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Etude sur l’accompagnement des jeunes vers l’emploi
Ressources documentaires
Jeudi, 15 Mai 2008

Au sein du réseau Fnars, différents types de structures accueillent de jeunes adultes. Qu’elles soient centres d’hébergement et de réinsertion sociale, ateliers ou chantiers d’insertion, qu’elles accueillent tout public ou qu’elles soient spécialisées dans l’accueil de ce public précis, toutes intègrent à l’accompagnement social proposé un accompagnement vers l’emploi ou la formation. Cependant, les pratiques de cet accompagnement divergent.

OBJECTIF DE L'ETUDE

Dans une perspective de mise en valeur des pratiques actuellement en cours dans son réseau, le cabinet Copas a réalisé pour la Fnars une étude dont l’objectif était d’analyser les pratiques d’accompagnement vers l’emploi et/ou la formation des structures adhérentes du réseau, et ce, en fonction des profils des jeunes, des structures d’accueil et du contexte local de cette structure.

Cette étude a permis de mettre en exergue et d'analyser :
- la manière dont chaque structure prend en compte la dimension "emploi" dans l’accompagnement proposé aux jeunes,
- le positionnement des structures vis-à-vis des publics jeunes, et ce, du point de vue des prestations proposées, des pratiques d’accompagnement et des moyens mis en oeuvre,
- les partenariats mis en oeuvre.

Il s’agissait ainsi de favoriser la capitalisation des informations, pour permettre à la Fnars de repérer comment, et en quoi, le réseau prend en charge les jeunes dans son accompagnement vers l’emploi et la formation.

L’étude repose sur l’analyse des pratiques de huit structures adhérentes (CHRS ou SIAE). Au sein de chaque structure visitée, a été organisé un échange avec les membres de l’équipe de direction (sur les éléments stratégiques et le projet de la structure) et avec plusieurs jeunes (arrivée, accueil, parcours du jeune ; attentes vis-à-vis de la structure, en particulier sur l’accompagnement vers l’emploi ; accompagnement réalisé/proposé ; etc.).

L’étude complète sera prochainement disponible. Nous vous en présentons ici les principales conclusions.

La spécificité des jeunes accueillis

Il s’agit des jeunes les plus en difficulté, généralement sans revenus, sauf quand ils travaillent. Ils présentent par ailleurs des situations administratives peu traitées.

De plus, les jeunes accueillis présentent souvent des problèmes connexes, qui peuvent être de vrais freins à l’insertion professionnelle durable : on parle ici de fragilité personnelle, d’histoire personnelle. On peut citer les difficultés liées à la santé, aux addictions. De ces problèmes connexes peuvent résulter, pour ceux qui sont en recherche d’emploi ou de formation, une difficulté à s’engager.

Le bas niveau de qualification d’une grande partie des jeunes accueillis est également un  problème récurrent.

Enfin, le fait d’être sans ressources apporte une notion de nécessité et d’urgence qui relativise toute notion de projet à "moyen terme".

Les jeunes se trouvent ainsi à une période-charnière de leur vie, où la question de l’emploi est primordiale. Tout est encore possible, les choses ne sont pas encore figées... Autant de raisons pour proposer des prestations et un accompagnement pertinent, réactif et soutenant.

Des dispositifs d'insertion inadaptés aux plus précaires

Alors que les jeunes les plus en difficulté sont souvent dans des situations personnelles d’urgence (urgence de logement ; urgence financière...), les dispositifs permettant aux jeunes une insertion professionnelle et sociale proposent surtout de construire des parcours d’insertion avec plusieurs étapes, qui vont de l’élaboration du projet, en passant par la formation, l’IAE, pour enfin aboutir à l’emploi.

Cette discordance entre le temps nécessaire pour accéder à un revenu (par l’accès à l’emploi) dans le cadre d’un parcours et la nécessité de disposer rapidement d’un revenu peut s'avérer problématique pour les jeunes en grande précarité.

Ensuite, les dispositifs existants manquent de souplesse et ne prennent pas en compte la spécificité de la précarité. Ainsi, la sélection pour accéder aux dispositifs d’accueil, d'information et d’orientation (tel que le réseau des missions locales) existe de fait, car le nombre de places est limité et les modalités d’évaluation de ces dispositifs se font au détriment de jeunes qui en auraient sans doute le plus besoin.

Par ailleurs, si les structures rencontrées sont reconnues dans leurs spécificités de publics, on conserve auprès d’elles les mêmes exigences en termes de sorties que les dispositifs du droit commun. En résumé, on reconnaissait aux structures leurs compétences en termes de prise en charge des publics les plus précaires, tout en leur demandant les mêmes résultats qu’ailleurs.

Enfin, en termes de contenu des actions à mener, un équilibre reste à trouver entre les actions "socialisation" et "mise à l’emploi".

L’étude souligne que les structures d’hébergement et d’insertion demeurent néanmoins des espaces d’accompagnement particulièrement favorables.

Les pratiques d’accompagnement vers l’emploi : une indéniable compétence

L’étude souligne l’indéniable compétence des structures à accompagner concrètement les publics :
- Pour les structures d’hébergement : "préparer à" ; socialisation ; employabilité.
- Pour les SIAE : (ré)entraînement au travail, acquisition de compétences sociales et techniques, orientation par la découverte des métiers, prise de confiance dans sa capacité à faire.

Dans toutes les structures rencontrées, l’accompagnement vers l'emploi est réalisé. Le point fort en est une réelle attention à l’amont de l’employabilité : "la préparation à l’emploi". Les compétences des équipes permettent aussi bien d’affiner  le projet que de préparer les jeunes aux réalités du marché du travail. On observe cependant des pratiques hétérogènes en ce qui concerne l’émergence du "projet professionnel" (compétences diverses pour écouter, accompagner, évaluer, conseiller, orienter ; relation inégale avec le réseau des acteurs de l’emploi et insertion professionnelle, etc.). Ces compétences sont généralement davantage développées dans les associations dédiées à l’insertion, bien que certaines structures d’hébergement aient pu développer des actions internes spécifiques.
Par ailleurs, en absence d’adaptation du droit commun, les associations ont parfois pu développer des actions en marge du droit commun, qui sont, soit financées sur fonds propres, soit financées par les acteurs du secteur (SPE, CUCS/politique de la ville, conseil régional, Europe). Ces actions sont financées généralement sur des lignes budgétaires non pérennes (parfois au titre d’expérimentations), ce qui les rend fragiles.

L’étude relève également une relation frileuse avec le monde de l’intérim et de l’entreprise, mais des initiatives commencent à émerger (des collaborations informelles avec les agences d’intérim ; une conseillère emploi dans un lieu d’accueil de jour ; une chargée de relation entreprise dans un ACI, etc.).

Enfin, la formule des chantiers d’insertion paraît être particulièrement adaptée à la situation des jeunes, en particulier ceux qui ont peu d’expérience, pour les raisons suivantes :
- elle constitue une première expérience professionnelle ;
- en cas de réussite, c’est aussi une valorisation personnelle (parfois la première...), mais aussi vis-à-vis de son entourage proche ;
- elle apporte un premier revenu,  une première étape vers l’autonomie ;
- elle permette la stabilisation minimale pour penser à "la suite" ;
- le chantier d’insertion et/ou le contrat aidé, permettent d’accéder à des formations courtes, pouvant aide à formaliser le projet professionnel.

Globalement, l’étude relève une forte attente des structures et des équipes à renforcer leurs compétences sur la question des jeunes et de l’emploi.

Du point de vue des jeunes : les points saillants

Si la recherche d’emploi génère des inquiétudes et paraît difficile, elle demeure néanmoins porteuse d’attentes et d’espoirs. En effet, l’emploi est vital pour avoir des revenus et un logement.

Toutefois, la situation des jeunes ne permet pas toujours (ou du moins, moins que d’autres), de prendre le temps, de se tromper, d’essayer, d’attendre. Par ailleurs, les difficultés personnelles, l'inconstance ou la versatilité des jeunes peut être un frein pour tenir un emploi. Cette tension est difficile à gérer, pour les jeunes, mais aussi pour les équipes éducatives des structures.

Enfin, pour la plupart des jeunes, le système est complexe. Même s’ils parviennent assez vite à repérer les acteurs pouvant leur apporter de l’aide, le système administratif est compliqué, voire hostile ; le projet professionnel, même formalisé, peut être difficile à mettre en oeuvre. La question de l’emploi nécessite ainsi du courage et de l’organisation.

En résumé, pour les jeunes, l’aide apportée par les structures porte sur :
- les démarches administratives : Assedic, Sécurité sociale, dettes, logement ;
- un revenu (ACI ou "fonds de secours") ;
- l’aide à la définition des priorités ;
- l’écoute et le soutien moral : présence, compréhension, "être derrière", "donner un cadre" ;
- l’orientation concrète vers des personnes-ressources, ou des adresses précises en matière d’emploi et de formation ;
- la mise à l’abri, la survie, le minimum ;
- une mise en confiance concrète ;
- alimenter la formation, l’expérience et les compétences professionnelles (ACI).

Pistes de réflexion et préconisations

L’emploi et la formation doivent :
* Etre intégrés à l’accompagnement à l’origine en tant que tels : dans l’accueil, les contrats, les objectifs. Ainsi, ils ne devraient pas être un des objets éventuels de travail avec le jeune, mais une donnée introduite en entrée, comme élément de l’accompagnement. Elle serait ainsi abordée au moment de l’accueil, mais aussi au sein des différents contrats (de séjour, etc.) et présentée comme un objectif à définir.

* Etre considérés comme "possibles" (et non pas comme quelque chose d’inaccessible). Il semble nécessaire de renforcer la capacité des structures à intégrer la dimension de la formation et de l’emploi dans les accompagnements réalisés, en s’appuyant sur un contexte et des compétences, qui apportent une réelle plus-value, complémentaire à ce qu’apportent les autres acteurs tels que les conseillers emploi des missions locales et ANPE.

* Etre accompagnés de manière volontariste, qualifiée et précise, en lien avec le réseau de partenaires avec lequel il faudrait entretenir des relations formalisées et spécifiques. Dans cette optique, il serait important :
- Qu’une partie des équipes ait une connaissance précise, concrète et actualisée des éléments de base sur les dispositifs existants. 
- Que des relations formalisées et précises soient renforcées avec les acteurs de l’insertion. Il s’agirait d’entretenir des relations régulières avec, a minima, la mission locale, pour pouvoir y orienter plus concrètement des jeunes, de façon plus personnalisée, pour les rassurer, les mettre en confiance, les aider à dépasser leurs appréhensions et a priori. 
Dans le même ordre d’idées, des relations plus privilégiées pourraient se nouer avec les acteurs de la formation.
- Que des relations puissent être mises en oeuvre avec le monde de l‘intérim et de l’entreprise.

* Etre appréhendés avec un éventail élargi de pistes. Il serait intéressant d’élargir les pistes à étudier avec les jeunes, pour les aider à chercher de façon plus pertinente un emploi, une formation : ainsi, peut-on penser à la formation en alternance, l’apprentissage, le parrainage, la relation directe aux entreprises, à l’intérim, en étudiant leur  adéquation avec la situation  et les motivations du jeune.

* Etre considérés comme des champs d’intervention légitimes d’autant que les structures ont des arguments à faire valoir (plus value d’un accompagnement rapproché).

Les jeunes les plus exclus

Il semble urgent de communiquer sur la nécessité de prendre en compte les jeunes les plus exclus dans les politiques publiques. Cette nécessité porte sur divers plans :
- le plan humanitaire ;
- le plan de la prévention sociale et économique.

Il est ainsi nécessaire que les dispositifs de droit commun prennent en compte les spécificités des jeunes les plus exclus, non seulement  dans les pré-requis, mais encore davantage dans ce qui sera demandé aux structures prestataires en sortie de dispositif.

Le droit commun pourrait continuer à s’inspirer d’expérimentations innovantes, ponctuelles, soutenues de manière plus spécifique, pour continuer à rechercher des modalités d’accompagnement vers l’emploi pouvant correspondre aux jeunes en fonction de leurs problématiques : jeunes en errance, jeunes de très bas niveaux de qualification, jeunes en milieu rural, etc.

Les politiques publiques doivent également prendre en compte le fait que les jeunes en grande précarité sont dans des situations de quasi-survie, qui ne leur permettent pas de s’adapter à des cadres classiques :
- Comment avoir un projet à moyen terme quand on est dans la rue, ou qu’on fait tout pour ne pas y "tomber" ?
- Comment peut-on suivre une formation à temps plein dans de bonnes conditions, alors que l’on a peu de revenus ?

En termes de lobbying, il semble également essentiel d’insister sur l’importance de favoriser les premières expériences professionnelles, notamment en continuant à défendre l’importance centrale des contrats aidés comme support d’accompagnement vers l’emploi.

Accès à l'intégralité de l'étude en cliquant sur le lien ci dessous:

 etude jeunes emploi copas.doc


Aurélie Denne
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