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Les jeunes en errance sociale
Positions de la Fnars
Mardi, 06 Juin 2006
Le livre des Etats généraux de la Fnars L'exclusion n'est pas une fatalité ! consacre un chapitre aux jeunes en difficulté sociale.

Alors qu’ils connaissent un taux de chômage deux fois supérieur à la moyenne nationale, les jeunes adultes n’ont pas accès aux minima sociaux et ne peuvent compter que sur les solidarités familiales. Lorsque celles-ci sont défaillantes, ils sont laissés sans ressources.

Le passage de l'enfance à l'âge adulte s'est profondément transformé depuis trente ans. Ce qui était alors une transition courte permettant de passer de la formation à l'emploi, permettant de trouver un logement et de fonder une famille, est devenu un parcours du combattant qui s'éternise.

La société française se montre peu accueillante pour sa jeunesse qui est la génération la plus vulnérable face au marché de l'emploi et à la crise du logement. C'est particulièrement vrai pour les enfants d'ouvriers et ceux issus de l'immigration, ou pour ceux ayant connu pendant l'enfance des difficultés familiales.

Dans son rapport 2005, la Fondation Abbé Pierre a montré que les jeunes sont plus que les autres touchés par la pauvreté. En 1996, 20 % des ménages de moins de 25 ans  vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 8 % en 1979.

Le cercle des jeunes en grande difficulté s’élargit. Les plus fragiles, en échec scolaire, en rupture familiale ou en difficulté d’insertion professionnelle, sont de plus en plus nombreux à connaître l’errance et la marginalité.

L’expérience de la Fnars

> Qui sont les jeunes accueillis dans nos centres ?

Qu’il s’agisse de jeunes adultes en rupture avec leurs familles, de jeunes travailleurs isolés et sans logement, des mineurs étrangers arrivés seuls en France, de très jeunes mères avec leurs enfants, les jeunes sont sur-représentés dans nos structures. Alors que les 18-24 ans représentent 15 % de la population, ils sont 25 % des personnes accueillis dans nos centres d’hébergement. Le pourcentage de demande d’hébergement en urgence des jeunes sans domicile est en augmentation continue depuis 1999. En 2004, ils représentaient 18 % des appels auprès du Samu social parisien, contre 2 % en 1999. Sans compter ceux qui n’ont pas recours aux centres d’urgence, soit parce qu’ils refusent d’être hébergés avec des adultes très précarisés, soient en raison du niveau de leur désaffiliation.

Alors que la jeunesse est un âge fragile, où se crée l’identité, où ceux qui restent dans leur famille ont le temps de se construire, de se tromper, de recommencer, les jeunes que nous accueillons cumulent cette fragilité de l’âge avec l’absence de solidarité familiale. En réalité, on leur demande plus qu’aux autres puisqu’on leur demande de se construire seul.

Parmi ces jeunes sans domicile, on peut distinguer :
- Les jeunes en errance. Ils ont été confrontés très tôt à des conflits ou à des formes d’abandon de la part de la famille d’origine. Un autre type de départ en errance est le fait de jeunes fortement engagés dans des pratiques addictives (alcool, drogues illicites), qui partent sur la route pour tenter de mettre de la distance entre eux et leur environnement.
- Les jeunes issus des institutions de l’Aide sociale à l’enfance. Ayant atteint un âge limite au-delà duquel l’institution ou la famille d’accueil ne peut plus le prendre en charge, le jeune majeur peut se trouver confronter à la nécessité d’une vie autonome qu’il n’a pas les moyens d’assumer. Il s’agit aussi de jeunes sortant de prison, de l’hôpital ou d’un établissement de désintoxication. On observe là un dysfonctionnement de ces institutions qui ne prennent pas en compte le moment où le jeune cesse d’être sous leur responsabilité. Pour certains de ces jeunes, la pauvreté "héritée" peut se cumuler aux carences des institutions.

> Les jeunes à la rue

C’est une population vers laquelle "il faut aller", parce qu’elle exprime souvent une réticence forte à l’égard des accueils d’urgence et du 115 notamment, qui impose à leurs yeux trop de contraintes en terme d’horaires et de promiscuité. Certains ont des chiens et ne sont accueillis pratiquement nulle part.

Les jeunes en errance vivent en marge et ont leur propre code. Certains rencontrent d’importants problèmes d’attitude et de comportements et manquent de repères.

> Des parcours scolaires chaotiques

Ils sont en moyenne de niveau inférieur au BEP. La responsabilité de l’école dans le creusement de l’inégalité des chances est avérée, même si elle n’est pas seule en cause. Parmi les jeunes qui ont quitté l’école sans diplôme, beaucoup ont décroché au collège. Pour eux, l’enseignement proposé par l’école est hermétique et inadapté, et les solutions alternatives n’existent pratiquement pas.

> Un manque d’enfance

Les jeunes accueillis n’ont pas toujours été maltraités dans l’enfance, mais il est évident qu’ils n’ont pas été bien traités. Violences familiales, placements, aller-retour d’une structure d’accueil à l’autre, ou encore situations de guerre pour certains jeunes étrangers. On compte aujourd’hui 150 000 enfants placés et autant d’enfants faisant l’objet d’une mesure d'AEMO. Soit 300 000 enfants aux parcours douloureux, quelles qu’en soient les causes, pour qui le cheminement vers l’âge adulte sera semé d’embûche.

> Le corps et la santé à l’abandon

Le rapport du Haut comité de la santé publique sur les jeunes (1997) souligne "la position défavorable de la santé en France entre 15 et 24 ans" et le taux de mortalité important dû aux accidents et aux suicides. Les épisodes de précarisation provoquent "une érosion du capital santé qu’il sera difficile de corriger".

Les jeunes en difficulté souffrent souvent de troubles multiples, mais n’ont pas conscience des effets négatifs que cela peut avoir sur leur vie ultérieure. Ils souffrent plus souvent que les autres jeunes de maladies liées à la précarité (absences de soins dentaires, maladies de peau). Leur consommation de drogues illicites et d’alcool est préoccupante.

> Une population sans ressources

Pour ceux qui sortent sans qualification du système scolaire, le risque de chômage est élevé. Or ce risque intervient à un moment particulier de la vie, où les jeunes sont mal pris en charge par l’assurance-chômage qui suppose des durées de cotisation suffisamment longues. Par ailleurs, ils n’ont pas droit au RMI avant 25 ans.

Les jeunes dépendent donc essentiellement de l’aide de leurs familles. Mais celles-ci ne sont pas toujours en mesure de les aider. Nous accueillons dans nos centres des jeunes qui doivent soutenir leurs parents eux-mêmes en difficulté.

D’une manière générale, l’absence de futur nourrit un fond dépressif qui paralyse la capacité à se projeter et à se construire. La déprime, l’ennui, la mésestime de soi, l’absence d’écoute et la faiblesse des réponses institutionnelles constituent autant d’écueils à l’insertion.

> Il manque des lieux d’accueil de jour pour les jeunes

Pour les plus fragiles, il manque un chaînon entre l’accueil d’urgence qui leur assure un toit, une douche et un repas, et le CHRS, plutôt pensé pour des adultes, où on leur demande un engagement dans une démarche d’insertion, un projet de vie, la signature d’un contrat. Certains manquent totalement de repères et ne sont pas en état de se soumettre à des démarches aussi volontaires.

Pistes d'orientations

> Répondre au manque de ressources des jeunes

Pour les jeunes de 16 à 24 ans,  le manque de ressources empêche de construire un projet d’avenir. Dans l’esprit des travaux de la commission présidée par Jean-Baptiste de Foucault en 2001, "Pour une autonomie responsable et solidaire", nous estimons que la question des ressources est cruciale pour les jeunes et qu’elle contribue à accroître fortement les inégalités.

> Construire des parcours de "deuxième chance"

Même lorsqu’ils rencontrent de multiples problèmes, les jeunes restent des personnes en construction, avec des rêves, des désirs, des ambitions pour l’avenir. La jeunesse se définit aussi par un potentiel d’énergie, de richesses, de projets. Il n’est jamais trop tard pour stopper le processus d’exclusion, à condition d’imaginer des parcours individualisés et d’offrir à ces jeunes un accompagnement adapté.

L’éducation-formation tout au long de la vie doit devenir un appui permanent de la construction de l’autonomie. Les expériences des "Ecoles de la  deuxième chance" permettent aujourd’hui à des jeunes en voie de marginalisation de redéfinir un projet de vie et un projet professionnel.

> Soutenir la parentalité

Le discours sur la responsabilité des familles et les propositions allant dans le sens d’une sanction à leur égard ne permettent pas d’avancer des solutions pertinentes. Au contraire, nous pensons que le soutien à la parentalité est une condition indispensable pour lutter contre l’exclusion des jeunes.

Pistes de propositions

1 - Créer une allocation d’autonomie

Le versement à tous les jeunes en formation d’une allocation, en contrepartie de l’engagement dans un projet d’insertion. On se rapprocherait ainsi de ce qui se fait dans certains pays nordiques.

2 - Créer des parcours de la "deuxième chance"

La Fnars souhaite que se développent les parcours de "deuxième chance". En partant de la situation du jeune, évaluer ses compétences et ses manques, construire avec lui un projet d’autonomie, lui proposer des formations et l’accompagner dans la recherche d’emploi et de logement.

3 - Mettre en place des dispositifs cohérents

Pour éviter les ruptures de prise en charge, la Fnars propose de mettre à plat l’ensemble des dispositifs qui s’adressent aux jeunes, afin de pouvoir assurer des suivis sur la durée, qui ne s’interrompent en raison du statut administratif, de l’âge, etc.

4 -  Créer des "lieux repères"

Il s’agit de leur offrir des lieux d’accueil de jour où ils puissent poser leurs valises, sans engagements, partir et revenir. Une transition entre l’urgence et l’insertion, qui permette de nouer un premier contact, de les "accrocher".

5 - Offrir un accueil d’urgence spécifique "Jeunes"

La Fnars souhaite la création de lieux d’accueil d’urgence spécifiques "Jeunes", en capacité de répondre à leurs besoins et de les orienter. Son accès serait favorisé par un numéro d’appel particulier, un "115 Jeunes", en passant par le 115 qui les réorienterait, ou en se rendant directement au centre d’accueil d’urgence.

6 - Créer des centres d’Hébergement éducatif

L’Hébergement éducatif se situe à l’articulation de l’urgence sociale et de l’insertion. Il vise à favoriser la reconnaissance et l’inscription sociale des jeunes majeurs en errance et en échec institutionnel.

L’Hébergement éducatif est un centre collectif qui accueille des hommes et des femmes en situation de vulnérabilité. Son objectif est de favoriser l’indépendance et l’insertion professionnelle des jeunes, en proposant :
- un temps de pause et un cadre de vie favorable à l’établissement d’une stabilité,
- un soutien éducatif approprié et personnalisé.

7 - Créer un service civil

La Fnars a signé un appel à la création d’un service civil qui doit notamment être ouvert aux jeunes les plus en difficulté.

Livre blanc - Les jeunes en errance sociale (145 Ko)