| Les États généraux de l'économie sociale et solidaire |
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| Économie sociale et solidaire | |
| Mardi, 28 Juin 2011 | |
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L'économie sociale et solidaire (ESS) est un vaste secteur qui regroupe un ensemble divers de structures : mutuelles, syndicats, associations, coopératives, fondations... Leurs points communs reposent sur l'application d'un ou de plusieurs des principes suivants : un fonctionnement démocratique (principe « une personne = une voie »), un but non lucratif et une répartition équitable des excédents produits, la volonté de servir l'intérêt général et la communauté (utilité sociale ou collective), la libre adhésion... La liste n'est pas exhaustive et varie selon les pays et les périodes historiques. Depuis 20008 et la crise financière puis économique, c'est tout un pan de l'économie classique qui a montré ses effets néfastes, générateurs d'exclusion. Les acteurs qui souhaitent œuvrer pour une autre économie, dont le souci majeur ne serait pas l'accumulation des profits mais le bien être de l'Homme, ont ainsi multiplié les initiatives pour faire connaitre leurs activités et les valeurs sur lesquelles elles reposent. Si l'ESS et l'entreprenariat social ne datent pas d'hier (les premiers mouvements mutualistes datent du milieu du 19ème siècle), ils ont aujourd'hui le vent en poupe, en témoigne le nombre de manifestations, de publications, de reportages médiatiques qui leur sont consacrés. La démarche des Etats Généraux a été lancée en automne dernier à l'initiative du labo de l'ESS, un think thank crée par Claude Alphandéry, ancien résistant, fondateur de France Active et ancien président du Conseil National de l'Insertion par l'Activité Economique.
400 cahiers d'espérance Depuis l'automne dernier, des régions et des collectivités territoriales se sont saisis de cette démarche avec comme objectif final d'alimenter ces Etats Généraux. A titre d'exemple, le conseil régional de Midi Pyrénées a réuni le 12 mai près de 200 acteurs de l'ESS pour la préparation de ces Etats Généraux. Des manifestations similaires ont été organisées en Pays de la Loire, en Bourgogne, PACA... Elles ont également permis de conforter les dynamiques et les liens entre les acteurs de l'ESS sur ces territoires. L'objectif était bien d'instaurer une démarche ascendante, partant du terrain. Mission réussie puisque près de 400 cahiers d'espérances ont été réalisés (disponibles sur le site du labo de l'ESS : www.lelabo-ess.org), reflétant la diversité et la créativité des acteurs qui composent ce secteur. Chaque cahier met en valeur un projet, une initiative locale de l'ESS, ancrée sur un territoire. Ces cahiers d'espérance ont ensuite été regroupés sous 9 grands thèmes : « consommer/se nourrir », « coopérer/mutualiser », « créer/s'évader », « démocratiser/participer », « épargner/financer », « se former et apprendre », « se loger/habiter », « soigner/prévenir » et « travailler et entreprendre ». Au niveau national, le siège de la FNARS s'est impliqué dans la mise en œuvre de ces Etats Généraux en participant au comité de pilotage, en intégrant les groupes de travail « se loger-habiter » et « travailler et entreprendre » et en réalisant l'analyse et la synthèse d'une trentaine de cahiers d'espérance sur ce dernier thème.
Un événement festif et convivial Point d'orgue de ce mouvement, les Etats Généraux se sont tenus les 17, 18, 19 juin derniers au Palais Brongniart, lieu symbolique car il s'agit de l'ancien siège de la bourse de Paris. Ce rendez vous visait à réunir et rassembler les multiples contributions des acteurs sur les territoires et à prendre appui sur celles-ci pour formuler une plateforme de propositions en vu des élections présidentielles de 2012. La restitution des synthèses des cahiers d'espérances et l'organisation des débats ont ponctué ces trois jours conçus comme un évènement festif et convivial. Lors d'une table-ronde intitulée «investir dans les solidarités pour une société inclusive », Nicole MAESTRACCI a mis l'accent sur le non recours aux droits (RSA, minimas, protection sociale...), la méconnaissance qu'ont encore certaines personnes de ces droits et la nécessité d'un accompagnement renforcé et coordonné. Plus généralement, le défi des années à venir va être de pouvoir construire des politiques publiques plus intégrées, qui réussiront à pérenniser les projets qui fonctionnent ; il ne s'agit pas de demeurer, comme c'est le cas aujourd'hui, dans des politiques alternatives qui se succèdent, parfois sans cohérence. Enfin, ces politiques devront être évaluées sur leurs résultats et non pas sur les moyens mis en œuvre, comme c'est également le cas aujourd'hui. La Présidente de la FNARS a rappelé la nécessité de donner aux acteurs de l'Economie sociale et solidaire une liberté d'organisation, et donc de moyens. L'objectif de ces Etats Généraux est bien de profiter des échéances électorales pour trouver un relais et un appui politique à l'ESS afin qu'elle puisse changer d'échelle et cesse d'être ce « tiers secteur », entre privé et public, où on l'a trop longuement cantonné. Depuis longtemps, les acteurs de l'ESS ont montré qu'une autre économie et qu'un autre mode de gestion de l'humain sont possibles. Cette démonstration est d'autant plus vitale ces dernières années, face à une économie de plus en plus prédatrice. Les Etats Généraux seront suivis de séances de travail dans les mois à venir, afin de formaliser une plate-forme de propositions concrètes. Parmi les perspectives, la proposition d'une loi-cadre autour de l'Economie sociale et solidaire.
L'IAE, une composante fondamentale de l'ESS : Aujourd'hui les acteurs de l'IAE souhaitent s'inscrire au cœur de l'ESS et contribuer à être moteur de son développement. Et au regard des missions de l'IAE, des pratiques des acteurs qui la compose, sa présence dans ce secteur ne saurait être remise en cause. L'enjeu est bien de ne pas rester à l'écart de cette dynamique et de s'y inscrire pleinement. Néanmoins, des questions se posent et restent en suspens : les rapprochements entre SIAE et les grands groupes industriels français sont-ils cohérents avec les principes de l'ESS, lorsque l'on sait que ces même grands groupes ont des politiques désastreuses pour les populations et l'environnement, notamment dans les pays du sud (un état de fait sans cesse dénoncé par les acteurs de l'ESS) ? Quelles marges de manœuvre ont les SIAE dans un contexte où elles doivent remplir des objectifs de retour à l'emploi parfois très difficiles à atteindre ? Ont-elles les moyens de ne pas profiter de la manne que constituent les grands groupes industriels en terme d'accueil des anciens salariés des SIAE et se tourner exclusivement vers les acteurs économiques (et notamment les vers les PME) de leur territoire ?
Ces questions complexes et transversales au secteur de l'IAE ont alimenté les débats auxquels ont participé la FNARS, notamment à travers le groupe de travail « travailler et entreprendre ». Nous pouvons faire l'hypothèse qu'elles se poseront encore dans les prochains mois à la mesure de l'avancement du secteur de l'ESS.
Clément GÉROME |
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