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Refondation : le tournant ?
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Mardi, 24 Mai 2011

tournant_120px.jpgPar Nicole Maestracci, présidente de la FNARS
Les associations du secteur de l'hébergement et de l'accès au logement qui adhèrent à la FNARS visent toutes un objectif : que le meilleur service soit rendu aux personnes accueillies. Elles s'efforcent de construire avec elles, au travers d'un accueil digne et d'un accompagnement social global, des parcours vers l'autonomie. C'est cette idée de progrès qui nous a conduit à nous engager dans la réforme du secteur.

Dans son esprit, celle-ci porte des axes de développement ambitieux, autour de l'observation des besoins et de la coordination des acteurs (les SIAO), autour de la transparence des pratiques (référentiel prestations et étude de coûts), autour du renouvellement des relations avec l'Etat (contractualisation pluriannuelle et dialogue de gestion), enfin autour d'une nouvelle façon d'élaborer les politiques publiques (PDAHI).

Cependant, depuis plusieurs mois, nous nous inquiétons des dérives du positionnement de l'Etat vis-à-vis de la « Refondation ». Au mieux, on constate de graves lacunes de gouvernance, entraînant des prises de décisions unilatérales sur les territoires (sur la gestion des SIAO, sur la fermeture de places de CHRS), sans stratégie d'ensemble et avec un fort risque d'inégalité de traitement selon les départements. Au pire, on assiste à la mise en œuvre d'une stratégie de rationalisation des coûts (avec une baisse générale des crédits affectés au secteur), appuyée sur une idéologie hostile à une politique de solidarité ambitieuse.

Face à cet état de fait, la FNARS réagit sur plusieurs fronts. Sur le terrain politique, la fédération a lancé un travail de réflexion en vue de peser dans le débat public qui va précéder l'élection présidentielle. Nous devrons « sortir du technique », pour proposer des pistes d'évolution à intégrer aux programmes des partis en compétition. Notre argument clé : tout le monde a intérêt à ce que la société s'occupe des personnes en difficulté ; la solidarité est un enjeu politique de premier ordre qui concerne l'ensemble des citoyens.

Sur le terrain de l'expertise, en partenariat avec la Croix Rouge, l'UNIOPSS, la Fondation de l'Armée du Salut et la FEHAP, la FNARS pose ses exigences sur la conduite de la réforme. Nous demandons ainsi qu'une méthodologie rigoureuse, type « conférence de consensus », soit mise en place pour aboutir à une définition précise de la stratégie du « logement d'abord ». Nous exigeons qu'une phase intermédiaire de 6 mois soit intégrée à l'Enquête nationale de coûts (ENC), pour tester et ajuster la méthode sur 5 départements pilotes, avant de lancer l'enquête définitive sur la base d'outils clairs et partagés. Nous refusons la « pré-contractualisation » proposée par l'Etat en 2011, afin de préparer une vraie méthode de contractualisation, établie sur la base d'un travail expérimental sur le terrain.

D'un point de vue budgétaire, enfin, devant les menaces qui pèsent sur les adhérents (retards dans les versements ; transferts de crédits arbitraires de l'hébergement vers d'autres types de dispositifs ; baisses globales pouvant aller jusqu'à 20 %, selon les régions, sur les crédits dédiés aux CHRS), la FNARS se mobilise : manifestations le 31 mars, mise en place d'une cellule de crise, mobilisation du Collectif des associations unies, soutien fédéral de toutes les associations régionales engagées dans des actions revendicatives.

Face aux difficultés sociales engendrées par la crise, les associations prennent leurs responsabilités : chaque jour elles accomplissent un travail social indispensable et font évoluer leurs pratiques pour répondre aux besoins des publics. A l'Etat de prendre les siennes, en oubliant les échéances électorales pour s'atteler à sa mission de long terme : la poursuite de l'intérêt général.