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Par Nicole Maestracci, Présidente de la FNARS La publication de consignes illégales adressées à certains centres d'hébergement d'urgence par l'administration a eu un effet révélateur. Si les étrangers, et surtout les sans-papiers, apparaissent comme la variable d'ajustement de l'hébergement d'urgence, et notamment l'élément de gestion des situations de pénurie de places, ces consignes témoignent d'un mal plus profond.
En premier lieu, ces dérapages ont été rendus publics dans un climat de soupçon généralisé à l'égard des migrants et des demandeurs d'asile. Elles font ainsi écho au vote par les sénateurs d'un texte conditionnant l'accès à l'Aide médicale d'Etat (AME) à un droit d'entrée annuel de 30 €, ainsi qu'à l'adoption de la loi Besson sur l'immigration, qui réduit la portée de l'accueil inconditionnel et entérine le fait de bénéficier de l'aide sociale comme un abus de droit. C'est une logique globale qui est à l'œuvre, celle qui vise à rendre plus difficile la vie des étrangers, leur accès à l'hébergement comme leur accès aux soins. Les préfets sont davantage jugés sur leur capacité à réaliser les objectifs chiffrés de reconduite à la frontière que sur leurs résultats en matière d'hébergement. Et l'idée qu'il suffirait de sortir les sans papiers des centres d'hébergement finit par faire son chemin...
Par ailleurs, ces consignes qui établissent des priorités entre les détresses sociales, ces consignes imaginées par des fonctionnaires se retrouvant à bricoler des « solutions » maladroites, révèlent aussi l'inconsis-tance de la conduite de l'action publique et du pilotage de la réforme de l'hébergement. La Refondation a été lancée il y a tout juste un an. Ambitieuse, elle nécessite du temps, mais surtout une gouvernance volontaire et cohérente de la part du gouvernement. Les nouveaux Services intégrés de l'accueil et de l'orientation (SIAO) en sont l'exemple le plus frappant. S'ils sont mis en œuvre correcte-ment, ils transformeront radicalement la prise en charge des personnes à la rue. A la place de la gestion basique des flux (une personne = une place), ils apporteront une diversité de réponses à la diversité des situations individuelles. Ils coordon-neront l'ensemble des services - hébergement d'urgence, hébergement d'insertion, équipes mobiles, veille sociale, logement, service pénitentiaire d'inser-tion et de probation (SPIP), etc. - . Ils transformeront radicalement la nature du travail social et la nature des liens entre associations. Mais leur montée en charge nécessite d'être portée par une véritable vision politique, au plus au niveau de l'exécutif, et traduite par des injonctions claires sur les territoires.
Face à l'absence de volonté politique de l'Etat, symbolisée par la courtoise mais évidente fin de non recevoir donnée par le Premier ministre au collectif des associations unies, notre crainte est de voir cette réforme radicale réduite à peau de chagrin, à une logique de guichet et de flux, au préjudice des plus démunis.
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